Face au techno-cocon

Un regard critique et sensible sur les nouvelles technologies

Alain Damasio développe une pensée radicalement critique à l’égard de la technologie – à ce qu’il nomme le «technococon» -, au capitalisme néo-libéral et la catastrophe écologique qui l’accompagne. Il traque la déshumanisation progressive qui s’insinue aux confins d’un monde qui s’affirme “démocratiquement” High Tech. La Nappe de So phare away est une analogie de ce que l’on nomme la Toile, où l’hyperconnexion détruit subtilement les liens véritables et où l’hypercommunication vide peu à peu la communication de son sens. Mais si le message est limpide, il n’est pas nihiliste. Dans ce décor dystopique, l’auteur met en jeu le devenir révolutionnaire et l’élan vital de personnages qui refusent de caler leur pas dans la marche forcée de ces processus, ouvrant ainsi le champ d’autres possibles.

So Phare Away a été écrit il y a plus de 10 ans. Là réside la force d’anticipation d’Alain Damasio : son regard critique est plus que jamais nécessaire et d’actualité à l’heure de l’invasion des “réseaux sociaux” qui, s’ils semblent être des outils utiles de mise et de maintien en réseau, ont également leur revers obscurs : mise en spectacle narcissique de soi, réification sur un mode publicitaire, règne des apparences, contrôle social fort, brouillage des limites entre vie privée et vie publique, co-évaluation permanente, capture incessante de l’attention… autant de facettes qui renforcent les logiques d’atomisation et d’enfermement des individus…

Comment (re)faire lien ?

So Phare Away esquisse une réponse : la force de l’amour entre Sofia et Farrago, tout comme la solidarité dont font preuve Lamproie ou Faramine, façonnent un imaginaire de la résistance qui ne saurait se nourrir uniquement de manifestes critiques et d’essais politiques. Ceci sans manichéisme, la figure de Phareniente venant faire contre-poids, interrogeant cette résistance qui, lorsqu’elle s’assèche, devient morne et mortifère. 

Les personnages sont ainsi autant de figures qui nous touchent, autant de voix (voies) possibles, qui résonnent pour interroger notre positionnement face à ce monde, si proche du nôtre…